Transition énergétique EQIOM

La transition énergétique : le nouveau défi de l’industrie

25.10.19
Il y a 10 ans, Cédric Ringenbach a décidé de travailler au service d’une cause qui lui semble essentielle : le climat. Cet ingénieur de formation, qui ne sait travailler que par passion, a d’abord été lobbyiste d’intérêt général au sein du Shift Project (1) au côté de Jean-Marc Jancovici, avant de FInalement se consacrer à la Fresque, un outil de sensibilisation au changement climatique qu’il a créé et amélioré au fil des années. Son objectif : sensibiliser 1 million de personnes d’ici 2022.
 

Comment en êtes-vous arrivé à vous engager pour le climat ?

J’ai commencé à vraiment m’intéresser au climat en 2009 et j’ai pris conscience de la gravité du sujet. Pendant 6 mois, je me suis autoformé en lisant les rapports du GIEC (2) et j’ai ensuite eu la chance de démarrer l’aventure du Shift Project. Pendant 6 ans, j’ai ainsi fait du lobbying (3) d’intérêt général sur les questions du changement climatique.
 
Le Shift Project excelle pour trouver des solutions techniques pour décarboner l’économie. Malheureusement, nous étions sans cesse confrontés au même discours : « Vous avez raison, mais politiquement nous n’arriverons jamais à faire accepter de telles solutions. »
 
Ma frustration est devenue de plus en plus forte et j’ai alors décidé de travailler sur des dimensions complémentaires à celles du Shift : je voulais travailler sur le côté humain, la psychologie des individus pour réussir à les engager dans des mécanismes de transition. Je veux réussir à faire prendre conscience au plus grand nombre que des efforts sont nécessaires pour engager une transition. La sensibilisation joue un rôle majeur dans ce processus et j’ai donc décidé d’y consacrer mon action.
 

Comment agissez-vous pour sensibiliser les gens au changement climatique ?

J’utilise un format d’atelier que j’ai conçu : la Fresque du climat. Depuis 2009, je donne des cours sur le climat et lors d’un de mes cours, j’ai fait travailler les étudiants sur des courbes du GIEC et
je leur ai demandé de les remettre dans l’ordre de causes à effets. J’ai constaté que cette méthode permettait de bien expliquer le phénomène de changement climatique et aux participants de s’approprier le sujet.
 
J’ai continué à la perfectionner pour arriver à la version actuelle de la Fresque. L’enjeu est aujourd’hui de la diffuser le plus largement possible pour sensibiliser en masse.
 
Il est donc primordial que l’atelier soit ludique, collaboratif et créatif. Pour assurer un rythme élevé de diffusion, je propose aux personnes d’être formées. Elles deviennent ainsi des animateurs
qui pourront à leur tour sensibiliser d’autres personnes. Pour cela, pas besoin d’être un expert. Il est primordial pour la diffusion rapide de la Fresque que les gens puissent facilement se l’approprier. Je suis très heureux de la véritable dynamique qui s’est amorcée autour de cet atelier. Nous avons même dû créer une association pour canaliser toutes ces énergies.
 
Notre objectif est de sensibiliser 1 million de personnes en 5 ans, soit d’ici 2022. La Fresque du climat a également été traduite dans de nombreuses langues pour favoriser sa diffusion.
 

La prise de conscience du changement climatique est en effet indispensable, mais quelles sont ensuite les actions prioritaires à enclencher ?

Les énergies fossiles étant au coeur du problème, le premier réflexe a été de développer les énergies renouvelables. Malheureusement, le résultat n’est pas au rendez-vous.
Pour donner un ordre d’idée, toute la production annuelle des énergies renouvelables qui ont été installées depuis le début de l’ère industrielle équivaut seulement à l’augmentation de la production d’énergies fossiles sur 18 mois.
 
Le deuxième réflexe a donc été de chercher à réduire globalement la consommation d’énergie en agissant sur l’efficacité énergétique : l’isolation des bâtiments est améliorée, les process industriels optimisés. Chaque année, depuis des décennies, l’efficacité énergétique gagne 1 %. Mais cela n’empêche pas l’augmentation globale de la consommation. Ce phénomène est naturel : quand un système est plus efficace, il a tendance à se développer.
 
La nature fonctionne ainsi : quand une espèce animale ou végétale est plus efficace qu’une autre, elle se développe de plus en plus, à l’image du développement de l’espère humaine sur la Terre. Tant que l’efficacité énergétique est utilisée comme levier principal, notre schéma traditionnel est conservé et les choses ne font que s’accélérer.
 

Quelle est alors la solution ?

Il faut aller vers un processus qui est malheureusement contre nature : la sobriété énergétique. Cela implique d’accepter collectivement des contraintes très fortes. Ce mouvement devra venir des citoyens. Il ne faut pas attendre des politiques qu’ils se saisissent du sujet à la place des citoyens. Les politiques ne font que suivre les citoyens avec quelques années de retard.
 
Nous, citoyens, allons donc devoir demander aux pouvoirs politiques d’imposer des contraintes énergétiques de la même manière que nous nous sommes fixés des contraintes en termes de vitesse de circulation routière.
 
Cela peut se traduire par un quota d’émission de CO2 par personne ou même d’une surface maximale de logement par personne. Très vite, des conséquences vont apparaître : un ralentissement de certains secteurs économiques, des destructions d’emplois … Le monde économique est donc très concerné par cette transition.
 

À votre sens, quel doit être le rôle des entreprises dans cette question du changement climatique ?

Le sujet est très compliqué pour elles car le revenu financier est leur raison d’être. Cela passe généralement par l’augmentation de leur volume de ventes et donc une production grandissante avec un impact écologique toujours plus grand. Le développement est dans l’ADN de l’entreprise. Depuis quelques années, les entreprises ont compris que le changement climatique est un enjeu pour leurs clients. Nous sommes alors passés par une phase de greenwashing (4) intense, très souvent couplé à des actions de lobbying dans le sens opposé.
 
Aujourd’hui, le consommateur et le citoyen ont un regard de plus en plus averti et se laissent de moins en moins berner par ces pratiques.
 
De plus en plus d’entreprises acceptent le sens de l’histoire : elles payent la taxe carbone mais cessent également de faire du lobbying à l’opposé des intérêts environnementaux. Certaines, comme celles impliquées dans the Shift Project, font même du lobbying dans le bon sens. Mais elles vont devoir aller encore plus loin. De nombreuses entreprises vont devoir faire évoluer leur business model : leur activité principale est amenée à disparaître dans ce monde en transition. EQIOM est de celle-ci.
 
Si la transition s’opère dans les temps, d’ici quelques dizaines d’années, la production de béton et de ciment aura drastiquement chuté. Il faut se poser, dès maintenant, la question du développement de nouvelles filières comme celle du bois ou d’autres matériaux. EQIOM pourrait également devenir un expert de la construction à haute efficacité énergétique ou encore de la rénovation de l’existant. La transition énergétique va être source de création d’activités : le chantier est gigantesque. Certaines entreprises vont difficilement se projeter dans ce monde d’après, mais leur survie en dépend. Elles vont devoir fondamentalement se transformer pour ne pas disparaître. Tel est l’enjeu.
 
Pour en savoir plus sur la Fresque du climat : https://fresqueduclimat.org/
 
(1) Shift Project : The Shift Project est un think tank (2) qui oeuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Association loi 1901 reconnue d’intérêt général et guidée par l’exigence de la rigueur scientifique, sa mission est d’éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique, en France et en Europe.
2) GIEC : Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat. Ce sont des chercheurs du monde entier qui font une synthèse des connaissances scientifiques sur le changement  climatique.
(3) Lobbying : Ensemble d’actions d’influence et de pression menées par un lobby pour défendre ses intérêts face à des institutions ou individus pouvant prendre des décisions qui pourraient l’affecter.
(4) Greenwashing ou blanchiment écologique : mot utilisé communément lorsqu’un message de communication abuse ou utilise à mauvais escient l’argument écologique.